MEDITATION (Luc Chap. 24 V. 35-48)
Lors de la messe en fête, plusieurs personnes de Saint-Luc se sont très bien exprimées sur ce qu’était pour elles la
Résurrection à la suite des questions posées par les enfants. Il a été dit la Résurrection c’est un passage, c’est une métamorphose, c’est une autre étape de la naissance, une porte ouverte sur
l’inconnu de la vie après cette vie. On comprend que les témoignages du ressuscité sur cet évènement exceptionnel aillent en priorité vers ceux et celles que Jésus a le plus connus et le plus
aimés sur cette terre.
Aussi, les témoignages de Jésus ressuscité sont-ils dirigés vers son entourage : Marie-Madeleine, les apôtres, les
disciples d’Emmaüs.
Pour Marie, sa mère, il n’est rien dit de précis. C’est englobé dans les «quelques femmes qui se rendent au
tombeau ». A mon avis, pour Marie, rien n’est signalé dans les Evangiles car un rôle privilégié
lui sera destiné. Marie fera un cheminement vers la Résurrection par l’intermédiaire de Jean. Souvenons-nous des dernières paroles de Jésus sur la croix, en désignant Jean à sa mère :
« Mère, voici ton fils » c’est-à-dire : »Voici ton accompagnateur
spirituel dans cette vie », car Marie, à l’heure de la mort de Jésus, n’a pas terminé son évolution spirituelle et n’est peut-être pas encore prête à recevoir cette révélation,
surtout en venant de vivre cette terrible épreuve de la souffrance et de la mort de son propre fils.
Elle a toujours tout gardé
dans son cœur, mais son Esprit était-il totalement ouvert à « l’intelligence des Ecritures ? ». Peut-être, se rappelant et retrouvant les paroles du « Magnificat » qu’elle avait prononcées lors de la naissance de
Jésus, elle va redécouvrir cette « intelligence des Ecritures », avec l’aide de Jean qui l’accueille chez lui.
Dés lors, il n’est pas étonnant que le « Magnificat » figure au premier chapitre de l’Evangile de
Luc, à la fois comme une annonce et comme un départ depuis la résurrection.
De plus, dans ce texte de Luc du troisième dimanche de Pâques, la conclusion évoque « la conversion, proclamée au
nom de Jésus, pour le pardon des péchés ». Toutes les apparitions de Marie reconnues par l’Eglise porteront ce message de conversion.
Comment va se faire cette révélation de la Résurrection ? Elle va se faire au moyen de la vision, au moyen du toucher ? c’est moins sûr, Il dit :
« Touchez-moi » mais personne ne le touche et il enchaîne aussitôt : »Regardez » on revient vite à la vision.
Mais ce qui me parle le plus, c’est au moyen de la voix. Marie-Madeleine le reconnait au son de sa voix. Paul entend une
voix. La voix est ce qu’il y a de plus crédible car la voix porte et transmet la Parole, cette Parole qui peut se faire encore entendre en nous, aujourd’hui, car la Parole est vivante. Nous
vivons de cette Parole
Pour les deux disciples d’Emmaüs, cette reconnaissance de Jésus ressuscité se fait par le geste de la fraction du
pain, reconnaissance renforcée après coup par les paroles de Jésus le long de la route afin d’ouvrir leur esprit aux Ecritures.
Ce geste de la fraction du pain a donc été donné deux fois, avant sa mort et après sa Résurrection comme un
mémorial inscrit dans ce monde et dans l’éternité. Il crée, ainsi, un lien entre le passé et le futur, entre cette vie et la vie éternelle.
Quand il est « reconnu », il disparaît. Il réapparaît alors qu’on ne l’attendait pas, quand les deux
disciples parlent de lui aux onze apôtres et à leurs compagnons. « Il se tint au
milieu d’eux ». Ainsi, en est-il souvent pour nous-mêmes. Il y a alternativement cette présence – absence du Seigneur dans nos vies. Alors que nous le croyons absent, il est
toujours là, à l’œuvre dans nos vies.
Pour les disciples
d’Emmaüs, le « Faites ceci en mémoire de moi » est déjà à l’œuvre dans
leur vie. Jésus se rappelle ainsi à eux, le pain restant le seul symbole palpable de cette vie fracturée sur la croix et partagée à tous. Le pain : l’élément essentiel du repas dans cette
vie et pain de vie dans la Vie Eternelle, le pain nourriture matérielle et spirituelle qui donne la force de repartir d’Emmaüs vers Jérusalem, de refaire, malgré la nuit tombée, les 60 stades
(plusieurs kilomètres sans doute) qui les sépare des apôtres.
Mais, dans leur joie, ils ne sentent plus la fatigue du retour. Ils se lèvent aussitôt et repartent car ils ont
hâte de témoigner de cette présence du ressuscité qui vient de se manifester à eux.
Ils ont hâte de prévenir les apôtres et toute la petite communauté qui s’est formée autour. Ils ont hâte, aussi,
d’aller leur dire qu’ils ont reconnu Jésus quand il a rompu le pain.
Désormais, il est devenu nécessaire de reproduire ce geste, ce geste qui les fait héritiers d’une mémoire, héritiers d’une vie et d’une mission. Il est devenu
nécessaire de réveiller en eux et pour le monde cette mémoire.
Il fait nuit. Mais c’est toujours de nuit que la lumière est donnée. La naissance et la Résurrection se sont faites de
nuit. Peut-être le choix de cette obscurité est nécessaire pour signifier et conserver la part de mystère de l’événement.
Pourtant les apôtres, malgré leur joie, n’osent pas croire encore que Jésus est vivant. C’est tellement
merveilleux ! Ca dépasse tellement l’imagination ! Cela nous dépasse nous aussi.
Jésus ne nie pas l’existence d’un monde surnaturel puisqu’il ne dit pas aux apôtres : « un esprit, ça n’existe
pas » mais « un esprit n’a pas de chair, ni d’os ».
Dans sa définition, la Résurrection apporte cette nouveauté. Elle est, à la fois, corps et esprit mais corps
nouveau dont nous ignorons ce qu’il sera.
Les premiers mots de Jésus en réapparaissant sont : »la Paix soit avec vous ». Jésus
oppose souvent la Paix à la peur, au doute, au péché. Il est vrai que la Paix peut tout dire : le pardon, la réconciliation, la confiance, l’espérance, la joie, l’amour. Celui qui
apporte la Paix de Dieu, ne la perd jamais. Si elle est refusée, elle revient vers celui qui la donne. L’Esprit-Saint viendra confirmer chez les apôtres cette Paix que Jésus leur donne et
leur laisse.
On pourrait enchaîner après cette Parole de Paix : »Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous… » .
La meilleure preuve de Jésus vivant, c’est la preuve par les Ecritures. Jésus réapparaît uniquement pour cela car il
intervient avant que les deux disciples aient pu rapporter aux apôtres que leur cœur était tout
brûlant en eux quand Jésus leur ouvrait l’esprit aux Ecritures.
Jésus tient à parler à tous les disciples réunis, et pas seulement à deux d’entre eux, de tout ce qui le concernait dans
les Ecritures. Et il terminera par « c’est vous qui en êtes les
témoins ».
Pour cela, peut-être, il fallait qu’il fasse apparaître uniquement aux apôtres des preuves matérielles : ses mains,
ses pieds, l’action de manger pour que s’imprègne en eux cette réalité qu’il est bien vivant. Mais cette démonstration à l’aide du poisson reste très symbolique. Comme pour les Ecritures, c’est
encore un rappel à l’intention des apôtres de cette parole : « Je vous ferai pécheurs
d’hommes » justement « pour que vous soyez mes témoins ».
D’ailleurs dans le livre des « Actes » Pierre dira « Lui, le chef des vivants, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins »
Mais, pour nous, le témoignage principal des apôtres, c’est la joie : joie de Marie-Madeleine à l’énoncé de son
nom, joie des disciples d’Emmaüs à la fraction du pain, joie des apôtres quand il est là, soudain, au milieu d’eux Cette joie va réellement les porter à témoigner jusqu’à consentir même aux
persécutions. Celui qui est devenu : le Vivant va devenir vivant dans leur cœur, et vivant en nous aujourd’hui.
Mais, à partir de cette présence en nous du Ressuscité, comment témoigner de ce que nous n’avons pas vu à des personnes
qui ne verront pas non plus, dans un monde qui s’éloigne de plus en plus des preuves et des préoccupations non matérielles ? Le témoignage n’empêche pas l’échec, même auprès des
nôtres.
Mais la foi va au-delà de ce que nous ne comprenons pas. Ce qui s’adresse au cœur va au-delà de la raison.
Tout a démarré dans la joie d’un petit nombre. Comme dit le psaume : Il y en a encore beaucoup qui
demandent : »Qui nous fera voir le bonheur ? ».
A chacun de nous, Seigneur, Tu nous donnes d’habiter dans la confiance.
La réponse est peut-être là.
Méditation par Christiane Guès le 25 avtil 2009