Dans la constitution « Lumen Gentium », un des textes promulgués par le Concile Vatican II, Monseigneur Garonne parlait d’un « arsenal d’images » pour désigner l’Eglise : elle est le champ, la maison, le temple, la famille, la vigne, le troupeau, la fiancée etc…
Dans les textes de ce dimanche, nous avons trois images pour évoquer cette Eglise qui, après Pâques, prend forme avec le Christ : trois images dont une pour chaque lecture.
Dans la première lecture, celle des Actes des apôtres, c’est l’image d’une pierre angulaire et de pierres vivantes.
Dans la lettre de Saint-Jean, il est question d’une famille avec un père et des enfants.
Enfin dans l’Evangile c’est une image très pastorale qui nous est présentée : un berger et ses brebis.
Laissons quelques instants ces images descendre en nous, s’entrechoquer, nous saisir. Chacune nous parle de Dieu et de nous. Aucune n’est suffisante pour exprimer la richesse du mystère inépuisable du projet de Dieu, de l’Alliance qu’il propose aux hommes.
Chaque image prise isolément porte le risque d’en rester à une vision partielle. Elles s’enrichissent mutuellement. Pour éviter de nous enfermer dans l’une ou l’autre, nous pouvons aussi faire bouger chacune dans ce qu’elle a de paradoxal et d’insolite.
Arrêtons-nous quelques instants sur chacune d’elle et laissons-nous toucher et interroger pour notre aujourd’hui.
Dans la première lecture, Pierre qui vient de guérir un infirme, parle à des citadins, aux habitants de Jérusalem et utilise l’image d’une construction. Aux chefs du peuple et aux Anciens, il affirme que Jésus mort et ressuscité est la pierre qu’eux, les bâtisseurs, ont rejetée et qui est devenue la pierre d’angle, fondement de l’édifice.
Est-ce la clé de voûte ? Ou celle de fondation qui assure la cohésion du « temple saint » ? En tout cas, l’idée de pierre est signe de quelque chose de solide, de durable, signe de force dans la symbolique commune à tous les hommes.
D’autres textes fileront la métaphore selon laquelle le Christ est une pierre inébranlable sur laquelle on peut s’appuyer avec foi de sorte que les fidèles, telles des pierres vivantes, sont intégrés à la construction de cet édifice spirituel : Avec le Christ, nous sommes l’Eglise.
Mais cette pierre est celle aussi contre laquelle on bute, qui risque de faire tomber : Christ est un Messie crucifié, rejeté, scandale pour certains, folie pour d’autres. Il est alors pierre d’achoppement et de destruction. Le Christ oblige ainsi à choisir la lumière ou les ténèbres, la vie ou la mort.
« Mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ; mieux
vaut s’appuyer sur le
Seigneur que de compter sur les puissants » venons-nous de chanter avec le psaume.
La personne et l’enseignement de Jésus provoquent au choix. Comment le nôtre se traduit-il dans la vie quotidienne ?
Dans sa première lettre Saint-Jean s’adresse à une communauté traversant une crise religieuse grave. Face à des doctrines hérétiques qui refusent de voir en Jésus le Messie et le Fils de Dieu,
Jean veut la soutenir et l’éclairer dans son combat pour la foi. La communion avec Dieu est décrite là en termes de filiation. Il parle de Père, de fils, d’enfants, donc de
famille : « Il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le
sommes ».
Pourtant notre destinée d’enfants de Dieu n’est pas évidente. Toute la beauté de cette
condition qui est déjà la nôtre dès le début de notre vie chrétienne est une réalité à découvrir. Elle nous sera révélée à la fin des temps.
En tous cas, ce projet de Dieu est universel, pour le monde entier, même si tous n’ont pas découvert Dieu.
Comment cette deuxième image familiale résonne-t-elle en nous ? Comment nous interpelle-t-elle dans notre aujourd’hui, nous qui sommes là ce soir ?
L’Evangile utilise encore une image différente pour décrire la nature des relations de Jésus avec nous. Il s’agit de la bergerie dont le Christ est le pasteur, le berger : métaphore, vision pastorale dont la Palestine d’alors était coutumière. Nous sommes ses brebis. Cette comparaison ne nous demande cependant pas de subir notre destinée…comme des moutons mais de bien orienter notre vie en restant à la suite du Christ.
Le vrai berger, le bon, le beau pasteur, au contraire du mercenaire, est celui qui rassemble et conduit son troupeau en prenant ses risques jusqu’à donner sa vie. « Je donne ma vie pour mes brebis ». Entendons encore : « Personne n’a pu me l’enlever : je la donne moi-même ». Difficile d’imaginer un berger qui donne sa vie ! En définitive ne conduit-il pas ses bêtes à l’abattoir ? A bien y regarder ici, c’est lui le berger qui est l’agneau qu’on mène à l’abattoir.
L’Apocalypse (7,17) résume ce paradoxe en une formule frappante : « L’agneau sera leur berger. »
La connaissance mutuelle dont il est question entre le berger et les brebis n’est
pas théorique et intellectuelle. Elle est de la nature même de celle que Jésus entretient avec son Père. Elle est de l’ordre de l’amour. C’est une connaissance intime, amoureuse telle que chacun est prêt à donner sa vie pour celui qu’il aime.
Jésus, là encore, force ses fidèles à élargir leur horizon en disant : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie. Celles-là aussi il faut que je les conduise ». Son troupeau est sans limite.
Un jour viendra où il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. La lettre de jean ouvrait déjà sur une vision eschatologique : « Lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est ».
Prenons quelques instants cette semaine pour nous interroger sur notre relation au Christ et entendre son désir d’unir tous les hommes sous sa houlette.
Oui, les images proposées ce soir ne sont pas statiques. Elles ne nous enferment pas mais stimulent notre imagination, fortifient notre foi, nous mettent en marche ensemble vers la Jérusalem céleste.
Puissent-elles nourrir notre prière tout au long de la semaine
Méditation des textes Actes 4,8-12 ; psaume 117 ; 1ere lettre de Jean 3,1-2 ;
Jean 10,11-18
Anne Dravet


On m’a demandé quelques lignes sur mes dix années à Saint-Luc. Que dire en quelques lignes ? Essentiellement que j’ai beaucoup reçu de vous.
